Une des choses qu'était capable de communiquer mon père, c'était ses engouements. Musicaux, artistiques. 

Alain était certainement un écorché vif. Depuis toujours, je l'ai entendu parler de la mort. Il collectionnait de petits objets décoratifs : têtes de mort. Couple de squelettes enlacés. Il m'avait prêté aussi sa collection de têtes d'animaux, pour ma classe. Têtes de renards, chats, ... Qu'il gardait dans son bureau. 

Il assumait sa morbidité avec humour. Il aimait Cioran. Une de ses premières lectures dans le genre a été "Le dictionnaire du diable" d'Ambrose Bierce. 

Il avait une sensibilité artistique exarcerbée. Il me confiait pleurer en écoutant des musiques, surtout classiques. Ou même en regardant des films. Y compris des mélos ! 

On aura pu dire de lui qu'il était tranchant, et dur. J'ai vu l'homme redevenir enfant en découvrant les plaisirs de la neige, du ski, à 66 ans. Un gamin tout fou.

Ou faire des batailles d'eau avec sa petite fille. A ne plus pouvoir s'arrêter, jusqu'à inonder la maison. Un gamin tout fou.

Ou mettre à l'eau son canoe artisanal, celui dont rêvent les enfants, le "vrai canoe d'indien". Fier comme tout. 

Je lui dois tout cela. Des moments d'exaltations inoubliables, car c'est lui qui m'a fait découvrir la peinture. Il m'a transmis ses petits livres d'art. 

Et la musique. Le bonheur infini d'écouter seul de la musique est de ressentir ce que jamais personne ne pourra vous donner. Quelque chose d'intérieur, d'intime et de fort. Une forme de liberté. De richesse secrète. Dans laquelle on peut aller puiser à l'infini. Les arts. 

On aura pu dire peut être de lui qu'il était mégalo, ou égoiste "comme tous les journalistes". Et je revis ce dialogue entre lui et moi, dans un taxi, le soir :

- Je rêve d'aller à New York

- Mais je t emmène quand tu veux !!!

Des élans de générosité, comme ça, imprévisibles. Il y avait toujours de l'imprévisible avec lui, et toujours des élans.

Un des multiples morceaux qu'il m'a fait découvrir, étant jeune :

Wagner, le Prélude de Tristan et Isolde :

http://www.youtube.com/watch?v=C5sOe0IY-AA

 

Pour finir, encore ce matin, j'entends aux informations, un illustre homme, qui disparait à 94 ans. Tu aurais pu vivre 26 ans de plus. Et toujours cette question : "pourquoi ?"